source : http://sisyphe.org/spip.php?article1053


Théorie Queer et violence contre les femmes 

par Sheila Jeffreys

J'aimerais expliquer comment la théorie queer et ‘postmoderne’ a miné la capacité des féministes et des lesbiennes à s'organiser pour combattre la violence exercée contre les femmes, et a même miné leur capacité à reconnaître cette violence.

Dans la théorie queer et postmoderne basée sur l'individualisme libéral, des formes importantes de violence sont alors rebaptisées ‘transgression’, ‘choix’ ou ‘autonomie’.

Je me limiterai ici à examiner trois formes de ces violence, l'abus sur les femmes constitué par la prostitution des femmes par et pour les hommes, la violence des chirurgies transsexuelles et la violence de l'industrie des ‘modifications corporelles’.

Mon point de départ est bien ancien mais actuellement si peu compris, c'est le slogan féministe ’Nos corps nous appartiennent’.

En relation avec la violence, j'affirme que ce slogan est porteur de deux significations très importantes :

1/ L'objectification des femmes, par laquelle nos corps, traités tels des objets, sont bons à être utilisés par d'autres personnes, sans aucune attention prêtée à notre volonté ou à notre identité d'êtres humains, crée des dommages à notre identité, que ce soit à travers le viol, le viol subi pendant l'enfance ou pendant la prostitution.
Ce qui est fait à nos corps nous affecte. Pour survivre à l'abus violent ou impudique de nos corps, nous avons appris à nous dissocier de la réalité.
Si nous faisons le lien avec la prostitution, la compréhension de cette phrase ’Nos corps nous appartiennent’ nous permet de voir le préjudice venant de la dissociation qu'emploient impérativement les femmes prostituées si elles veulent survivre à la violation de leur personne dans le commerce de la violence sexuelle.

2/ Le slogan ’Nos corps nous appartiennent’ signifie aussi que ce ne sont pas dans nos corps que réside le problème.

C'est cette compréhension qu'en avaient les groupes de parole qui permit à tant de femmes d'accepter les formes de leurs corps et de laisser tomber maquillage et autres déguisements.

Le problème que les femmes et les hommes peuvent avoir concernant la forme de leur corps ou l'aspect général de leurs organes génitaux est politiquement construit à partir d'une société suprémaciste mâle dans laquelle les femmes et quelques hommes sont sexuellement et physiquement violentés par les hommes, une société dans laquelle la construction du genre et l'idée d'un corps parfait sont utilisés pour renforcer le contrôle social et la création de la dominance mâle et de la subordination femelle.

L'insatisfaction concernant nos corps qui surgit à partir de ces facteurs politiques est un problème également politique et la mutilation des corps est une tentative de couper les corps pour les faire rentrer dans un système politique abusif au lieu de chercher à changer le système pour qu'il s'accorde avec les corps que les gens possèdent en réalité.

Une des valeurs féministe de base est la création d'une sexualité de l'égalité dans laquelle nous pouvons rester dans nos corps et les célébrer tels qu'ils sont. Et pourtant dans ces conditions d'oppression, aucune de ces valeurs n'étaient faciles à créer.

Mais dans les années 1980, nous avons subi un retour de bâton dirigé contre ces valeurs fondamentales du féminisme nées pourtant d'une profonde compréhension.

Le travail féministe qui avait pu être réalisé jusqu'alors sur la pornographie, le harcèlement sexuel, le maquillage, les talons aiguilles et autres pratiques cosmétiques nocives, fût alors étiqueté conformisme politique, puritanisme, anti-sexe.

Les forces qui provoquèrent ce retour en arrière :

1/ Le liberalisme.

Le point de vue d'un féminisme libéral qui limiterait ses analyses de la politique à la sphère publique, est monté en prestige dans les années 80 et 90.

Les points de vue des féministes américaines libérales telles Katie Roiphe, Naomi Wolf ou celui de la journaliste britannique Natasha Walters, tant chéris par les éditeurs et les média et selon lesquels les femmes sont bien assez autonomes pour gérer tous les soucis de leurs vies privées, le harcèlement sexuel, les viols lors des rendez-vous amoureux, les raclées, ou avoir tout à faire dans la maison, se révêlent en fait être exactement de la même veine libérale que ceux qui sous-tendent les politiques queers et postmodernes.

Les femmes devraient être des ’féministes prenant le pouvoir’ nous dit Wolf.

Nous serions libres de porter du maquillage, mais n'est-ce pas surprenant que comme par hasard mais à coup sûr cependant, ce soit encore les femmes qui choisissent cette forme de pouvoir ? Apparemment il y aurait tout un espace de jeux à disposition, mais les hommes ne s'attroupent justement pas pour s'épiler leurs sourcils, porter du rouge à lèvres ou des chaussures qui estropient leurs pieds ni des minijupes serrées.

Les usages de la violence sont justifiées dans la rubrique consentement.

Le sadomasochisme, la prostitution et la chirurgie cosmétique ne sont pas analysés comme étant des applications pratiques de l'oppression des femmes dont l'origine se trouve dans les relations inégales de pouvoir au sein de la suprématie masculine.
On les décrit au contraire comme des inventions féminines faites pour le plaisir des femmes, plutôt que comme des pratiques traditionnelles dommageables.

La fétichisation du choix et du consentement dont Wolf et sa suite font une application concrête au viol pouvant survenir pendant le flirt, est reproduite avec zèle par les théoriciens postmodernes et queers qui promeuvent le sadomasochisme et la prostitution, le transsexualisme et les modifications corporelles, comme étant ce qui se fait vraiment de mieux en matière d'accomplissement personnel et de pouvoir.

2/ Le postmodernisme.

C'est un assortiment d'idées créées surtout par des gais français intellectuels et à peu près inintelligibles, qui a pourtant été adopté avec un enthousiasme évident par beaucoup d'universitaires féministes et de théoriciens ’queers’ dans les années 80 à 90.

Ces idées ont été adoptées je pense à cause du désir de quelques femmes et hommes gais de faire carrière à l'université, ce qui est un but très dur à atteindre si on maintient des opinions féministes radicales.

Seules les idées d'hommes respectées par d'autres hommes mènent très loin dans l'établissement. C'est ainsi que des féministes et des hommes gais se drapèrent des idées du sadomasochiste Michel Foucault, par exemple.

Il devint même plus populaire auprès des gens branchés et des progressifs que Marx ne l'était dans les années 60. Dans beaucoup de départements d'enseignement comme les sciences culturelles il était et reste toujours obligatoire au programme.

Qu'apportèrent ces idées à la construction du féminisme et à la compréhension de la violence ?

L'idée non seulement qu'il ne peut exister une telle notion que celle de ’la femme’, que ce serait alors faire de l'essentialisme et donc inacceptable de parler de l'expérience des femmes ou de l'oppression des femmes car les femmes seraient toutes des individues parfaitement différentes, mais encore que l'oppression elle-même n'existerait pas car le pouvoir flotterait dans les airs sans aucune direction et se recréerait constamment à partir des interactions de personnes bien intentionnées, qu'il n'existe pas une telle chose que la ’vérité’.

Toutes ces idées sont bien commodes en tous cas pour permettre dans le cadre de ce relativisme moral de juger comme ringardes les protestations opérées contre tout comportement oppressif ou toute condition de l'oppression.

Ce sont des théories qui sont spectaculairement inadaptée à l'analyse de la violence et de toutes façons, j'en suis d'ailleurs soulagée, peu de féministes postmodernes s'y essaient.

Elles montrent plus d'intérêt pour les média, la figuration et le fantastique mais pas pour les comportements ou les circonstances réelles et matérielles.

Quand elles approchent la violence, les résultats sont bizarres.

Sharon Marcus affirme à propos du viol qu'il survient parce que les femmes n'auraient pas bien lu ou compris le scénario.

Elle dit que si seulement les femmes étaient un peu plus affirmatives et se montraient capables de changer le scénario, alors les hommes ne les violeraient pas.

Elle renvoie le blâme sur les femmes à nouveau, une chose que les féministes avaient tenté de changer.

Shannon Bell prétend qu'il n'y a aucune ’signification inhérente’ à la prostitution.

Si c'était le cas, si la prostitution n'avait aucun sens en terme de relation de pouvoir, alors pourquoi les hommes ne s'alignent-ils donc pas dans les rues pour être ramassées par des femmes en voiture qui aimeraient leur planter des trucs dans le derrière ?

C'est vraiment difficile de manquer complètement les relations de pouvoir dans la prostitution mais les postmodernes y arrivent.

Les féministes postmodernes nous disent que le corps est un texte.

Pas un texte vraiment réel mais un texte qui peut être avantageusement réécrit.

Ainsi les féministes postmodernes sont habituées à légitimiser la modification corporelle. Le journal électronique de la modification du corps a des articles justificatoires citant des théoriciennes ’féministes’ telles qu'Elizabeth Grosz ou Judith Butler pour légitimer les pratiques montrées sur leur site web telles que des pages et des pages de publicités pour différents studios de piercings et de scarifications, partout dans le monde occidental, avec des photos de leurs marchandises.

Les photos montrent des parties du corps de femmes principalement, qui sont lacérées, des dos écorchés et laissés ouverts, des muscles de mollets avec d'énormes dessins sanglants découpés au travers, des estomacs simplement entaillés sans style particulier. Les pages web portent souvent des drapeaux arc-en-ciel et le slogan ’visibles et fières’.

Ces jeunes lesbiennes sont juste en train de ré-enrégistrer, nous dit-on.

3/ La théorie Queer

La théorie queer adapte les idées du postmodernisme aux intérêts de quelques hommes gais. Elles sont utilisées pour rebaptiser des formes de violence variées telles que le sadomasochisme et le transsexualisme en tant que ’transgression’.

La théorie queer fait beaucoup de bruit autour de l'importance de ’transgresser’ les limites du corps ce qui revient à dire d'accomplir des formes de violence sur ce corps. L'enthousiasme pour le ’transgenrisme’ souvent indiqué comme différent du transsexualisme demande également des remodelages majeurs du corps offendant avec des substances chimiques si ce n'est avec la chirurgie réelle.

Dans la théorie queer, les femmes prostituées sont transformées en une minorité sexuelle ou en un ’mouvement d'affirmation’ de même que d'autres adeptes ou victimes de violence tels que sadomasochistes, pédophiles et transsexuels sont considérés comme des rebelles en train de créer un nouveau futur sexuel.

En fait, bien sûr, les femmes prostituées doivent apprendre à dissocier pour survivre, n'étant pas sexuellement libérées. Elles servent de libération sexuelle à leurs colonisateurs, les hommes.

En fait, les pratiques de violence qui sont célébrées dans la théorie queer peuvent toutes être vu comme résultant de l'oppression. Mais la théorie queer étant ancrée dans l'individualisme libéral ne reconnait pas que la politique puisse être concernée par le domaine du privé.

Le sexe est privé et reste pour eux dehors de l'analyse bien que la politique queer réclame que les hommes gais puissent avoir le droit d'exiger de larges endroits de l'espace public dans lesquels pouvoir pratiquer leur sexe ’privé’.

Ces endroits dans lesquelles les femmes sont appelées à se sentir mal à l'aise ou qui leur semblent trop dangereux pour s'y aventurer, à cause de la délicieuse sensation de peur et de froid dans le dos que les hommes gais créent en draguant les parcs en silence et en se camouflant dans le décor, sont maintenant officiellement désignés comme ’environnement de sexe public’ par exemple par les politiques de prévention du virus HIV dans les villes écossaises. Ainsi les hommes gais se sont appropriés de larges tronçons de parcs, de front de mer, de rues en tant que possessions propres.

La politique des queers comme présentée par des groupes tels Sex Panic aux Etats-Unis ou Outrage en Grande-Bretagne, est de s'insurger pour soutenir les droits d'individus gais hommes libéraux de pouvoir infliger des blessures aux autres pour leur plaisir à travers le sadomasochisme, ou d'utiliser des garçons au travers de la prostitution et de la pornographie, ou encore d'acquérir des espaces publics pour leurs pratiques sexuelles.

Un homme a juste été convaincu d'homicide involontaire à Melbourne pour avoir étranglé un autre homme en pratiquant une asphyxie sadomasochiste.

Cet homme, très en vue dans le sadomasochisme gay à Melbourne, un chef d'entreprise SM associé à la direction de clubs SM à retombées économiques, vola ensuite les cartes de crédit et la voiture de l'homme mort pour s'enfuir vers le nord en direction du Queensland. C'est bien qu'il en ait pris pour 5 ans.

Mon avis sur toutes ces pratiques de violence incluant l'auto-mutilation par procuration dans laquelle des femmes, des lesbiennes et des hommes gais demandent à d'autres personnes ou paient d'autres personnes pour pratiquer la violence sur leurs corps, comme dans le transsexualisme, le sadomasochisme et la scarification est que les personnes qui éxécutent ces violences ont toujours tort.

Peu importe combien quelqu'un demande pour être abusé, c'est encore mal d'y obéir et c'est particulièrement choquant d'en tirer un profit.

Ce que le liberalisme et ses formes les plus en vogue du postmodernisme et de la théorie queer ont fait, c'est de faire disparaitre l'oppresseur. Toutes les pratiques de violence sont considérées comme ’choisies’ par leurs représentants obstinés, et même considérées comme politiquement progressives et transgressives.

Pratiques traditionnelles nocives.

J'aimerais examiner plus en détail d'où viennent ces pratiques de violence et j'affirme qu'elles devraient en fait être reconnues comme des pratiques traditionnelles nocives.

En 1995 les Nations Unies publièrent un bulletin d'information sur les ’Pratiques Traditionnelles Nocives et leurs effets sur la santé des femmes et des enfants’. Les pratiques décrites dans ce bulletin d'information sont presque toutes extérieures à l'Occident. Elles incluent la mutilation sexuelle féminine, le marriage des enfants, la préférence du garçon, l'engraissement des filles.

La seule pratique listée qui couvre également clairement les cultures occidentales est la violence contre les femmes et dans cette pratique est inclue la prostitution.

Je pense que c'est un moyen très utile pour comprendre la prostitution de même que les autres pratiques de violence dont j'ai discuté ici.

La prostitution est très bien définie par les critères permettant de reconnaitre une pratique nocive traditionnelle, tels que ceux définis par les Nations Unies.

1/ Nocive pour la santé des femmes et des enfants :

La prostitution est certainement nocive pour la santé des femmes et des enfants à cause des dommages portés à l'estime de soi, des tentatives de suicide et d'automutilation, des maladies sexuellement transmissibles et du HIV, des dommages au système reproductif, de la grossesse non désirée, de la drogue pour supporter le viol et pour enfermer les femmes et les enfants avec des proxénètes et dans des bordels.

2/ Provient de la subordination des femmes :

La prostitution provient clairement de la subordination des femmes.

C'est une pratique dans laquelle les victimes sont massivement des femmes et des enfants et les responsables au travers de l'histoire et des cultures sont presque uniquement des hommes.

C'est une pratique qui exploite l'absence de pouvoir des femmes et des enfants, économiquement, physiquement, et dans les relations de dominance de l'adulte mâle et de soumission des femmes et des enfants.

3/ Est encouragée par le poids de la tradition :

La prostitution est souvent décrite par ses défenseurs comme la ’plus vieille profession du monde’ ce qui loin d'être une excuse, devrait en fait être considéré comme un acte d'accusation des sociétés occidentales actuelles qui se proclament progressives et impliquées dans l'égalité des femmes et des hommes, alors qu'elles maintiennent des formes séculaires d'esclavage concernant les femmes et les enfants.

4/ Se couvre d'un semblant de moralité :

Bien que ce soit plus facile de le remarquer quand cela concerne les mutilations sexuelles des femmes, puisque l'engagement des femmes dans la prostitution a traditionnellement conduit à la punition et à l'isolement social, c'est possible de remarquer que la prostitution gagne une aura de moralité actuellement avec sa légalisation dans plusieurs pays par exemple à Victoria en Australie où j'habite.

Quand le rapport de l'Organisation Internationale du Travail de l'an dernier sur la prostitution appelée ’Le Secteur du sexe’ appela pour la reconnaissance de l'utilité de la prostitution pour les économies de l'Asie du Sud-Est, alors le statut de la prostitution en tant qu'industrie si ce n'est le statut des femmes prostituées en lui -même, est en train de changer rapidement.

Si la prostitution n'est certainement pas toujours considérée comme morale, elle est considérée comme inévitable dans la plupart des pays du monde et ceci montre les fortes racines de son acceptation, son ancrage sournois dans les cultures dominantes mâles.

5/ Choisie et infligée par les femmes sur elles-mêmes :

Bien que ce critère ne soit pas dans les critères présentés par les Nations Unies pour reconnaitre les pratiques traditionnelles nocives, je pense que c'est un élément important de reconnaissance pour la plupart des pratiques traditionnelles nocives qui excluent la reconnaissance possible de la violence mâle devenant alors invisible comme dans le viol de leurs enfants et dans la violence domestique.

Dans la plupart des pratiques à cause desquelles les femmes et les enfants filles sont préparées pour le mariage et l'esclavage sexuel, mutilations sexuelles, gavage forçé, etc... les femmes deviennent les bourreaux d'autres filles plus jeunes comme Mary Daly le souligna dans son analyse des sado-rituels qui s'accorde très bien avec ce que les Nations Unies appellent maintenant des pratiques traditionnelles nocives.

Les hommes sont plaçés loin à l'arrière-plan et leur responsabilité est difficile à reconnaître.

Dans certaines pratiques, telles que l'imolement par le feu de la veuve du défunt au Rajahstan, les femmes sont considérées comme étreignant la mort de leur plein gré sur le bûcher funéraire de leurs époux.

Les cultures dans lesquelles ces pratiques sont en place créent des pressions sociales tellement puissantes qu'un refus semble impossible et qu'un ’choix’ est inimaginable.

Dans les cultures occidentales, les femmes sont considérées comme ayant choisi librement la prostitution pendant que leurs abuseurs mâles demeurent invisibles.

Cela fait presque imaginer que ce sont des femmes qui s'enferment dans des chambres et se prostituent elles-mêmes toutes seules.

Les hommes ont besoin de rester invisibles si la nocivité sociale de leur comportement prostitutionel auprès des femmes avec lesquelles ils ont des relations doit être caché.

A Victoria actuellement on entend de plus en plus d'histoires de femmes dont un marriage de 25 ans ou plus a été brisé par le comportement prostitutionnel de leur époux, comportement qu'il considère excusable dans un état où la prostitution est une industrie autorisée, régulée et taxée et qui expose ses marchandises dans des centres d'exhibition appartenant à l'état lui-même.

Des femmes éprouvent de la douleur en découvrant, par exemple, des photos de jeunes filles nues du même age que leurs propres enfants au beau milieu des albums photos des vacances familiales et elles doivent passer par les tourments d'être tenues responsables par leurs connaissances de n'avoir pas donné assez de sexe à leur époux, et perdent de plus pour cette raison la loyauté de leurs enfants qui se liguent contre elle avec le père abusif quand l'affaire est découverte.

Tout cela constitue des dommages à une échelle massive, institutionnalisée par la légalisation de la prostitution.

6/ Justifiée par les idéologies des hommes :

Mary Daly aussi dit comment les sado-rituels sont justifiés et célébrés dans les idéologies des hommes et dans leurs institutions.

C'est là où s'activent les idéologies que j'ai examinées qui dissimulent ou légitimisent les pratiques violentes : le libéralisme, la théorie postmoderne et queer.

L'occident a une culture où les pratiques de violence et d'oppression sont soit cachées volontairement, et dont la culpabilité est alors reportée sur les victimes au travers des idées libérales sur le ’choix’, soit encore célèbrées.

J'aimerais ajouter les lesbiennes et les gays à la liste des cibles opprimées, ils sont en effet les victimes des pratiques traditionnelles nocives.

Le statut d'opprimé des lesbiennes et des hommes gais, combiné à l'expérience de la violence sexuelle des hommes subie dans l'enfance, les construit comme des cibles pour les industries du transsexualisme et de la modification corporelle dans lesquelles les histoires personnelles douloureuses sont littéralement coupée des corps des victimes pour un motif de profit à en tirer.

Le transsexualisme a une longue histoire.

Beaucoup de cultures ont choisi de construire une dominance masculine et une subordination féminine régulés soigneusement en jetant dans une troisième catégorie ces enfants mâles qui ne se casaient nulle part ou qui étaient recherchés par d'autres mâles pour les utiliser dans la prostitution.

Ce n'est pas une histoire illustre mais une histoire d'oppression, avec laquelle il nous faut en terminer.

Les scarifications, le piercing, et le tatouage ne sont malheureusement pas seulement un phénomène de mode. Pour beaucoup de victimes de la violence sexuelle et de l'oppression des lesbiennes et des gais, la scarification est devenue une obsession, une façon d'obtenir que soit exécutée sur soi avec le masque de l'acceptable, l'automutilation qu'ils accompliraient autrement avec culpabilité dans le secrêt de leurs chambres.

Des pénectomies, le piercing des langues, des épées enfonçées carrément à travers les corps, des tatouages faciaux, ont des répercussions.

Elle sont potentiellement fatales, ont une incidence sur les perspectives d'emploi, peuvent mener à la perte de la parole, à attraper l'infection par le virus HIV et à beaucoup de risques pour la santé.

Les scarifications nous emmènent sur une longue route bien éloignée de l'intuition féministe originelle que si nos corps nous appartiennent, c'est qu'ils sont bons et biens et ne méritent pas de violence, d'étranglement, d'être cachés par du maquillage ou des voiles, d'être découpés au travers de la chirurgie cosmétique ou par des opérations transsexuelles.

Les pratiques de violence que j'ai passées ici en revue, prostitution, transsexualisme, scarifications, indiquent la brutalité de l'oppression des femmes, des enfants, des lesbiennes et des hommes gais dans les cultures occidentales dans lesquelles l'opprimé doit se dissocier de la réalité ou scarifier son corps s'il veut mentalement survivre.

Mais ces libéraux qui veulent nous faire croire que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, bénis que nous sommes d'avoir un espace entier de jeux et d'égales opportunités, sont obligés de rejeter la culpabilité de ces pratiques nocives sur les victimes de l'oppression elles-mêmes en disant qu'il s'agit d'un choix, ou doivent déformer leur signification à travers les idéologies queer et postmodernes.

Au Canada aujourd'hui comme en Australie, les pratiques traditionnelles nocives se portent bien et prennent de l'ampleur et nous devons être capable de les identifier clairement et de nous opposer sans répit à toute tentative pour les justifier ou pour bâtir des industries qui vivent du profit à en tirer.

L'idée de créer des studios de scarifications ou des bordels devrait être aussi impensable que l'idée d'industries basées sur le profit à tirer de la mutilation des organes génitaux féminins (quoique bien entendu les magazines de modification corporelle utilisent des photos de filles et de femmes mutilées pour que les hommes puissent prendre leur pied).

Notes
(1) Lim, Lin Lean (ed), The Sex Sector : the Economic and Social Bases of Prostitution in Southeast Asia, International Labour Organization, Geneva, 1998.
Janice G. Raymond,
Legitimating Prostitution as Sex Work : UN Labour Organization (ILO) Calls for Recognition of the Sex Industry Part One and Two, December 1998.

References
Mary Daly, Gyn/Ecolgy - The Metaethics of Radical Feminism Boston, Beacon Press, 1978, 1990.
Sheila Jeffreys, Unpacking queer Politics, Cambridge UK, Polity Press, 2003.
Sheila Jeffreys, The Lesbian Heresy, Melbourne, Spinifex Press, 1993.
Janice G. Raymond, The Transsexual Empire, New York, Teacher’s College Press, 1979, 1994

Presentation originale en anglais lors du dinner de collecte de fonds de l'Association de secours aux victimes de viol de Vancouver, le 24 septembre 1999.
© Sheila Jeffreys.

Mis en ligne sur Sisyphe le 14 avril 2004.