Je suis apprentie-séparatiste en quelque sorte, et ce que je dis, je le fais seulement en mon nom, mais d'autres séparatistes existent, j'en ai rencontré, et leurs opinions sont très similaires.
Des livres aussi existent qui sont écrits par des séparatistes ou des lesbiennes féministes aimées des séparatistes. Les communautés sont le moteur de nos vies.
Mais la culture des séparatistes installées sur des Terres est très vaste, elles connaissent beaucoup sur les mouvements lesbiens, féministes, et connaissent en plus l'histoire des communautés de lesbiennes.

Des détails, nous pouvons en donner mais uniquement à des femmes, désireuses de liberté, qui ne sont pas attirées par les hommes, qui n'en ont pas besoin et qui veulent créer entre Noues (et il y a donc de fortes chances pour qu'elles soient lesbiennes mais l'inverse n'est pas vrai : des femmes amoureuses uniquement de femmes et attirées par elles - soit communément définies comme lesbiennes - peuvent très bien être soumises aux hommes à part sexuellement et ne pas pouvoir s'en passer, même parmi les militantes féministes).

Les lesbiennes séparatistes, elles, sont en fait évidemment lesbiennes, elles sont attirées amoureusement et sexuellement par les femmes à priori, mais en plus elles aiment très fort les femmes, les autres lesbiennes et elles-mêmes, au point de ne pas supporter toute la m.rde que les hommes font aux femmes (aux animaux et à la nature aussi accessoirement).

Elles se sont libérées de l'emprise politique et de la pression psychologique et sociale d'un monde fait par les hommes pour les hommes et pour le pire concernant les femmes..

Elles pourraient être décrites comme des lesbiennes féministes radicales, sauf que beaucoup de séparatistes ressentent toutes les analyses pouvant sous-tendre le lesbianisme séparatiste de façon totalement intuitive et innée et elles y adhèrent spontanément si elles ont la chance de tomber dessus, ou créent d'elles-mêmes le séparatisme en action par des communautés de vie entre lesbiennes en totale non-mixité et rejet des valeurs mâles, patriarcales et hétérosexuelles-hétérosociales (depuis la grammaire, en passant par l'art, la politique, la découverte d'elles-mêmes et la création de ce que leurs vies libres auraient dû être, y compris en commençant à aimer vraiment les autres lesbiennes et à apprécier de vivre ensemble), car elles s'y sentent bien. Et ce n'est pas que pour le temps libre ! Elles ne se rencontrent pas pour faire du tricot avant de retourner faire acte de présence auprès de leurs hommes virtuels ! Non, pas les séparatistes...

Mais la différence avec les lesbiennes radicales ou les lesbiennes féministes radicales, c'est que les lesbiennes séparatistes ne croient pas que toute la faute du comportement des hommes en incombe à la politique et à la société (d'ailleurs bien créées par les hommes), elles rendent aussi coupables le manque d'empathie, les hormones, le comportement mâle spécifique et donc il est hors de question de faire une place aux hommes auprès d'elle à quelque niveau de leur vie au cas d'une hypothétique révolution.

De toutes façons, elles voient les hommes et le principe mâle comme une forme de parasitisme sur les femmes et comme une menace constante, de viol, de violence et de domination bien réelles. Elles ne supportent pas non seulement le pouvoir des hommes mais de toutes façons elles ne supportent pas les hommes du tout, tout simplement : présence, vue, odeur, etc.. les incommodent et les empêchent de se sentir à l'aise entre elles, pas d'exception !

C'est un peu comme les femmes hétéros, presque toutes admettent que le monde des hommes et les hommes sont pourris mais que leur mari lui, est une perle. Et presque toutes n'apprécient que modérément le sexe avec les hommes, surtout la pénétration pénienne, mais elles se sacrifient.
Une vraie lesbienne ne fait pas d'exceptions avec des amis hommes, sinon elle serait hétéro je pense, au moins hétéro dans le coeur.

Les séparatistes ne comprennent pas que le choix de vivre sans élément mâle et seulement entre elles, qui toutes choisissent cette vie, et ceci en sécurité, leur soit concrètement interdit, tout comme tout essai de création d'une vie, d'un monde, selon leurs ressenti à elles, qui n'a jamais eu la chance de pouvoir exister et qui serait sans doute bien meilleur.
Elles souhaiteraient idéalement que les femmes renoncent à reproduire des hommes, tout simplement... Et que bien entendu, plus une seule femme sur Terre ne soit torturée ou prisonnière des hommes et de leur système en attendant.

Elles sont toutes pour le respect, le partage et la solidarité entre elles.
Elles ne rentrent pas dans des partis ou syndicats ou autres associations même rebelles (écolos), sauf des associations lesbiennes féministes ou alors on peut les retrouver à mener des campagnes d'information contre le viol, contre l'inceste (très fréquent, une fillette sur 5), mais par contre elles soutiennent ponctuellement des causes et aident bénévolement les militantes féministes à se ressourcer, à créer, à connaître notre histoire de communauté (voir les Béguines au Moyen-Age) tout comme n'importe quelle femme d'ailleurs, du moment qu'elles comprennent bien que les hommes sont interdits de séjour, car leurs Terres sont gratuites et ouvertes, centrées sur les femmes, elles ne les jugent pas mais les font se sentir mieux. Celles qui sont prêtes viennent. Celles qui n'ont pas tendance à détruire les autres femmes (qui ont maîtrisé leur misogynie et lesbophobie intériorisées en quelque sorte) restent ou reviennent.

Elles ne sont pas riches, ont souvent acheté des ruines à plusieurs et les ont retapées, essaient d'être autonomes le plus possible mais ne font pas payer, ce ne sont pas des maisons de vacances pour femmes ou pour lesbiennes !

Leur pourcentage parmi les lesbiennes est vraisemblablement faible, peut-être le dixième des lesbiennes féministes convaincues actives, et ce n'est pas étonnant, cela a les mêmes explications que la difficulté à faire son coming-out en tant que lesbienne, ou à devenir spontanément féministe, ou à se débarrasser de ses entraves, des lieux communs, de son éducation, de ses chefs, de ses bourreaux, etc, c'est une question de libération et de ne plus se détruire soi-même et entre femmes.

De plus ces Terres ont un équilibre fragile, les femmes qui y vivent sont généreuses et doivent se protéger, ne pas être agressées par les femmes intéressées et un peu trop novices, les Terres peuvent aussi être la cible du voisinage, il est difficile également de trouver un emploi en étant séparatiste officiellement ou même d'aménager sa Terre, mais des communautés de dizaines de lesbiennes séparatistes (des centaines dans les années 80) apportent sur des Terres achetées en commun et donc relativement indépendantes cette liberté rêvée et cette création entre Noues, des centaines de ces communautés existent aux USA, des dizaines au Canada, en Australie et en Europe, une en Chine, plusieurs en Inde et même en Afrique, et en France c'est plus de trois Terres comptant de 2 à 4 lesbiennes, sans compter les adhésions individuelles de près d'une centaine de lesbiennes séparatistes qui connaissent et fréquentent les Terres.

Même pour une "apprentie-séparatiste", il est difficile de les trouver. Comme il est difficile et long de rejeter ses chaînes et de ne pas se tromper d'ennemis.