Ne me jette pas de fleurs, je te prie, car je ne suis pas forcément une meilleure féministe que toi, je ne détiens pas forcément la vérité, je suis juste persuadée de tenir le bon bout, mais en fait j'essaie de comprendre, tout comme toi, et de combattre ce qui me semble injuste.

Pour résumer ce que je voulais te dire, je pense que ce qu'il faudrait comprendre, changer et en tous cas combattre ardemment, dans les sociétés mixtes mâles-femelles qui composent nos sociétés humaines actuelles, si injustes depuis si longtemps envers les femmes et les lesbiennes, ce ne serait pas forcément combattre l'assignation arbitraire et généralisée des individus qui naissent, à des catégories sexuelles, donc à des classes sexuées hommes femmes et à des catégories de vie sexuelle, hétéro, bi, homo, qui sont actuellement attribuées sans le choix des personnes concernées (décrétées hétéros par défaut, en attendant un choix ultérieur, en réalité faussé et retardé, même dans les sociétés les plus évoluées).
Il y a autre chose de plus évident à combattre d'après moi.
Ceci même si ces catégories, on s'en doute,  sont héritées selon des critères qui arrangent les dominants et selon des critères arbitraires traditionnels (pas forcément bien questionnés), et qu'ils sont censées être la norme mais n'oublions pas qu'ils sont héritées aussi et quand même de critères biologiques et historiques qui ont leur importance...

Ce qu'il faudrait changer ou combattre, ce serait en premier lieu la violence inhérente à une sexualité donnée, et surtout inhérente à l'hétérosexualité en l'occurrence, car si une sexualité devient par miracle non violente, s'il n'y a plus de pénétration d'intimité ou de pénétration sexuelle, par ruse, par manipulation y compris sociale, par surprise, force ou par absence de choix, s'il n'y a plus de présence physique ou de présence mentale imposée, s'il n'y a plus de baisers imposés, d'attouchements, de harcèlements ou d'ordres, s'il n'y a plus de pénétrations ou d'actes dégradants et dangereux imposés, non réfléchis, non assumés, non choisis, s'il n'y a plus de maladies ou de grossesses pouvant en découler qui ne soient pas assumées et choisies, alors c'est évident que personne ne sera victime de viols.
Il faudrait que ce combat soit possible en mixité bien sûr, mais j'ai alors de sérieux doutes concernant les aptitudes des hommes à ne pas agresser, à ne pas mettre en danger les femmes, à ne pas les manipuler, à ne pas imposer leur présence et leur sexualité ou à changer tout cela... 

Si les hommes étaient non-intrusifs, non vecteurs plus faciles de maladies plus graves et évidemment de grossesses chez autrui (les femmes évidemment), pas plus fort physiquement que les femmes, pas porteurs d'avantages psychologiques tirés d'une histoire séculaire de dominants, pas violents naturellement (je persiste ici et je signe !), pas capables de commettre un acte sexuel hors le consentement de l'autre, pas dominants socialement et dans le rapport de couple, ne stigmatisant pas socialement et publiquement toute femme s'étant prêtée même par erreur à une relation avec eux comme ayant été leur propriété à un moment donné, s'ils n'étaient pas vecteurs de blessures, d'inconfort et d'humiliation bestiale au niveau du sexe de la femme, tout serait possible, malheureusement ce n'est pas le cas. 

Tandis que la sexualité lesbienne, réprimée et ignorée superbement par les sociétés, est pourtant d'évidence toute désignée pour représenter un modèle de non-violence, en tous cas, elle restera égalitaire et non violente tant qu'elle ne sera pas manipulée par les queers, par ces tenants de plus de l'avilissement de la femme au travers, entre autres choses, du porno, par ces fervents des godemichés et succédanés tout azimuts d'un pénis tout puissant, par ces fomenteurs d'intrusions répétées et imposées d'hommes transgenres chez les lesbiennes, par ces fanatiques de partouzes, de mutilations corporelles esthétiques ou pas et de sado-masochisme...

Ensuite il faudrait empêcher que les sexualités soient utilisées à des fins reproductives ou financières (femmes pondeuses, porno, prostitution, et tout le commercial modelant les pulsions sexuelles des hommes et des femmes pour mieux vendre n'importe quoi), ou comme arme de guerre, ou que quiconque se retrouve manipulé au travers de la sexualité.

On devrait aussi combattre la violence amenée par la domination établie d'une sexualité sur une autre, mais on pourrait tout autant avoir envie d'abolir les catégories de sexualité, seulement là encore, si on le faisait, si on mettait les sexualités à même niveau, si on ne voulait même pas identifier des sexualités en particulier chez les individus ni s'en préoccuper, comment éviter alors que des femmes ou des filles naïves ne se fassent piéger en allant vers un garçon, comme elles seraient allées vers des filles auparavant, mais sans savoir ce qui peut éventuellement leur arriver de tragique avec un garçon ? 

Si certains individus veulent pouvoir changer librement leur classe sexuée dans une autre ou revendiquer de ne connaître ou de ne pratiquer aucun système de classe sexuée ni même de sexualité, très bien mais alors qu'ils n'établissent cela qu'entre eux, qu'entre adultes y ayant réfléchi et y ayant consenti, sans vouloir imposer globalement ce mode de pensée, qui n'est pas forcément révolutionnaire, ni ne protège les femmes...

Car dans l'état actuel des choses, les hommes font du mal aux femmes c'est évident, et aux lesbiennes qui sont empêchées de vivre leurs amoures avec d'autres femmes, avec uniquement des femmes et en paix, sans qu'elles ne pensent sans cesse à la menace passée ou future d'une relation non choisie avec un homme, par manipulation ou par viol...

Cela fait longtemps que je vois moi aussi autre chose dans les catégories de sexe, que ce que l'on veut bien nous enseigner, mais je me sers cependant toujours de ces catégories dans un but de décryptage et de protection, sans pour autant chercher à me conformer à leurs stéréotypes et à leurs rôles attitrés, bien entendu...

Par exemple, moi, quand je vois un homme, je me permets de le catégoriser, immédiatement et en me passant de son consentement, donc arbitrairement, ceci grâce à certains attributs physiques et émotionnels qu'il dégage, et qui répondent à ce que j'ai pu MOI ressentir de ce qui se dégageait des traits communs venant à la fois des critères biologiques et de critères comportementaux des individus catégorisés traditionnellement comme HOMMES, ce qui pour moi égale DANGER. 
En effet j'ai déjà observé par des expériences faites tout au long de ma vie, le danger qu'ils représentent réellement sur les femmes et sur d'autres êtres (sur des enfants dans une moindre mesure, des animaux sur une échelle encore pire que ce qu'ils font aux femmes, sur d'autres hommes plus faibles mais dans une bien moindre mesure). 

Et même si un homme s'amusait à transgresser les catégories de sexe devant moi, comme c'est à la mode notamment en ce moment, en se travestissant par exemple, je serai cependant certaine qu'il n'est pas de confiance pour autant ni inoffensif, en effet les critères biologiques mâles, les critères conservés du comportement de la catégorie HOMME, éventuellement innés, et les critères empruntés à la catégorie FEMME, mais signant une soumission aux dominants, me rendraient très méfiante, de par mon expérience.

De même, si une femme, se prenait vraiment d'affection et d'affinités pour la catégorie HOMME, au point de vouloir pratiquer la violence et la domination sur des femmes, y compris sexuellement, j'établirais alors une balance entre ses caractéristiques biologiques de femme (inoffensive, amie) et celles qu'elle aurait très bien pu adapter efficacement depuis sa catégorie d'adoption (HOMME) et je la fuirais certainement.

Par contre, quand des femmes refusent spécifiquement les attributs de la catégorie FEMME qui rendent les femmes ennemies des autres femmes ou les rendent soumises et des proies pour les hommes, alors je vois ces femmes comme des protectrices et des compagnes de lutte.

Donc brouiller les catégories ou les abolir en décrétant de façon très irréaliste et très utopiste que personne ne doit plus jamais décider de catégoriser, ne rendra à mon avis pas les hommes actuels moins dangereux, et sans doute pas les hommes futurs non plus, au contraire cela nous exposera nous, les femmes et les lesbiennes à encore plus de danger, car nous ne serons plus en mesure de décoder les signes et de nous protéger, de reconnaître facilement le loup déguisé sous une peau d'agneau. 

En effet, certaines femmes, comme moi-même, ont appris à se méfier des hommes en décodant les signaux au travers des catégories sexuées en usage et c'est grâce à ces signaux que certaines femmes peuvent encore se protéger et se rebeller.

Actuellement les catégories sont relativement irréalistes c'est entendu, mais elles n'apportent presque uniquement de l'injustice qu'aux seules femmes, en effet être dans la catégorie FEMME, comme tu le sais bien, cela signifie être une salope, une inférieure, une incapable, une dévouée et une victime au final, beau conditionnement !
Tandis qu'être classé en catégorie HOMME, ce n'est malheureusement pas être un violeur ni un harceleur potentiel, ni être un sale dominant économique, sexuel et social qui ne fait même pas son auto-critique, ou encore être une brute... Non, et pourtant, ce serait plus proche de la réalité !

Les catégories sont donc faussées mais font une injustice UNIQUEMENT aux femmes et aux homosexuel/les), voire aussi aux hommes mus par un profond désir de respect des femmes si ils existent, mais si on décide de ne pas voir ces catégories, et d'effacer d'un coup de baguette magique tout signe de domination, tout signe anticipateur de danger donc qu'on peut encore décoder, faisons bien attention à ce que ce ne soit pas les dominants hommes qui impulseraient ce désir de changement, un faux changement en réalité, car si je prends une métaphore, ce serait comme vouloir effacer magiquement la classe des travailleurs et celle des patrons, en autorisant les uns et les autres à venir travailler ou à diriger, en mélangeant les codes vestimentaires. Cela ne changerait rien à l'exploitation, cela la rendrait par contre moins visible donc plus efficace, et cela brouillerait les cibles du mécontentement, ce serait une victoire psychologique de plus pour les patrons, et seulement une autre bataille de perdue pour les opprimés.

Pour moi, la lutte c'est de combattre encore et encore l'image faussement anoblie et supérieure, totalement mensongère, qui est attribuée aux hommes, pour au contraire dévoiler leurs défauts, leurs tendances à désirer souiller les femmes, leur domination hégémonique et les violences spécifiques non seulement liées à leur genre social mais évidemment aussi liées à leur sexe biologique, c'est aussi combattre la violence dans l'hétérosexualité, l'hégémonie de cette hétérosexualité et son imposition implicite aux femmes, car la sexualité violente des hommes est un des outils de menace les plus puissants contre les femmes, c'est un outil d'esclavage domestique privé et un outil d'esclavage social et global, un outil d'anéantissement du lesbianisme et d'un monde juste et sûr.
L'hétérosexualité, même pacifiée, constituera toujours une violence et une menace pour les femmes et plus particulièrement pour les lesbiennes, tout comme constitue une violence et une menace également l'imposition de la présence de plusieurs hommes ou même d'un seul homme parmi des femmes, sans qu'on leur laisse le choix de se protéger et d'inventer un autre monde plus agréable et exempt d'esclavage.